Côte d’Ivoire – Sara Coulibaly conceptrice de la poupée Naïma

Economie & Science

Sara Coulibaly est une entrepreneure ivoirienne. Fondatrice de Naya Holding, elle a mis sur pied la première poupée ivoirienne dénommée Naïma. Chantre de la culture africaine, elle tente par des moyens ludiques de l’inculquer à la jeune génération. A quelques jours des fêtes de fin d'année,notre équipe du desk UP AFRICA TV d’abidjan est allée à sa rencontre . Voici in-extenso ce qui en ressort de cet échange :

 

Comment est née l’idée de concevoir une poupée africaine ?

L’idée est venue d’un constat. Naïma c’est le prénom de mon aînée. Lorsqu’elle est née, j’avais du mal à lui trouver un jouet en rayon.  Selon moi, aucun d’eux ne lui ressemblait. J’ai commencé alors à réfléchir à comment concevoir des jouets adaptés à nos besoins. Nait alors cette idée de créer une poupée à la teinte noire avec un visage pas effrayant mais qui a des traits de beauté de l’enfant africain.

 

Quand démarre l’aventure ?

En 2015 naît la première poupée Naïma mais elle sera officialisée en 2016.

 

Comment a été accueillie la première poupée ?

Il faut dire qu’au départ, c’était beaucoup de clichés. Certains estimaient que c’étaient des poupées noires et qu’elles feraient peur aux enfants… En occident par contre, la diaspora a bien accueilli le projet. Mais au fur et à mesure, les poupées ont intégré les habitudes et les demandes se sont accrues.

 

Vos poupées ont-elles des tenues traditionnelles?

 Nous avons choisi de faire la promotion de la culture africaine. Une culture diversifiée et très dense au point de nous demander si nous pourrions entièrement l’éplucher. Nous voulons faire découvrir notre culture. Nous avons un large éventail de choix. Les tenues sont tirées du patrimoine ivoirien et même des autres pays du continent. Les robes sont cousues dans nos ateliers par nos mamans. Nos poupées ont également les cheveux crépus.

Les prix sont-ils accessibles ?

Cela a été notre combat depuis la mise sur le marché de la première poupée Naïma. Parlant de Naïma Dolls, les prix varient de 9.900 à 25.000 francs CFA. Mais là nous sommes en train de nous préparer pour la fin de l’année ‘’Calao’’ une collection de poupées grand public avec des prix allant de 1300 FCFA à 5000 FCFA.

 

Les poupées sont-elles produites sur place ?

Nous travaillons pour avoir à l’avenir, une unité de production sur place. Ici nous avons la matière première. Nous concevons à partir de notre salle de créa tous les moules devant servir à faire les poupées. Le moulage est fait à l’extérieur. Après quoi toutes les parties reviennent ici pour l’assemblage final.

 

Votre cible est-elle essentiellement les africains ?

Non. Il faut dire que Naïma est un produit ivoirien. Mais nos produits ne sont pas essentiellement orientés vers la clientèle ivoirienne. Bien au contraire, elle est aussi légitime dans un rayon à jouets aussi bien à Dubaï que partout ailleurs. Nos poupées, je pense, ont leur place partout où il y a des afro-descendants, des africains, des antillais… l’audience d’ailleurs a grimpé parce que notre cible est plus large désormais.

 

Combien de collections avez-vous mis sur le marché ?

Nous en avons fait plusieurs et de très petites séries. C’était des séries traditionnelles notamment, du Nigéria, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun. L’an dernier par exemple, nous avons réalisé une série typiquement ivoirienne qui était enrichie des tenues arborées dans les différentes régions du pays.

 

Il y a même une poupée ‘’Lola’’ qui parle cinq ethnies de notre pays (attié, dida, senoufo, baoulé et bété).

 

A combien s’élèvent vos productions ?

Nous sommes passés de 400 cartons à deux containers. Nous avons une capacité mensuelle de 50.000 poupées.

 

Quels sont vos points de distribution ?

Nous avons signé avec toutes les enseignes de la grande distribution du pays. A Noël donc, les poupées Naïma devraient être visibles en rayon. Les poupées Naïma sont disponibles en France où elles ont une forte audience, en Belgique, au Mali et au Gabon

 

Quels sont les formats ?

 Nous avons la poupée mannequin qui mesure 11 cm, une de 35 cm et la plus grande qui fait 55 cm.

Pourquoi une équipe essentiellement féminine ?

C’est un choix personnel. J’ai toujours trouvé que la femme ivoirienne n’était pas suffisamment valorisée dans ses ambitions. C’est pour moi un challenge de réunir des femmes, de surcroît des mamans pour confectionner des jouets pour enfants.

 

Hormis les poupées, quels sont les produits de la holding ?

Nous avons depuis trois ans, des salons spécialisés dans les coiffures des enfants : ‘’Kids concept’’. Nous avons Calao qui est une marque de poupée grand public. Naima Editions qui produit des livres éducatifs, des livrets d’activité, des puzzles, des livres religieux pour les enfants. Nous prévoyons de sortir d’ici peu des biographies illustrées de personnalités, ensuite des livres de contes.  Nous avons énormément de projets en cours de réalisation. Il faut remarquer que même pour nos jeux nous nous appuyons sur notre culture.

Vous défendez bien la culture africaine…

Je me considère comme une afro-optimiste. J’ai vécu quatorze ans à l’étranger et je pense que ma culture a été la seule arme efficace pour m’affirmer. J’ai compris que les gens autour de moi étaient attentifs à ce qu’ils ne connaissent pas. J’ai alors décidé d’être ambassadrice de ma culture auprès de ces personnes-là. C’est d’ailleurs ces armes que je veux donner aux enfants pour les faire grandir autrement.

 

Un mot à l’endroit des femmes…

Entreprendre n'est pas facile. Il faudrait qu’on soit plus solidaires entre nous. De belles choses peuvent en découler.

 

Félix Yao/UP AFRICA TV-Abidjan.