vendredi, août 19, 2022

LE DOSSIER: PLEINS FEUX SUR LA POLITIQUE AGRICOLE EN AFRIQUE DE L’OUEST

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L’agriculture a été au cœur de l’agenda du développement des pays de l’Afrique occidentale durant les cinq dernières décennies.  Pour tenter de  développer cette agriculture des mesures  ont dû être prises, et c’est l’ensemble de ces mesures que nous appellerons politique agricole.

La politique agricole en tant qu’ensemble de mesures de politique économique spécifiques au secteur agricole consiste généralement, soit à soutenir la production agricole, soit à inciter la production soit à stabiliser le marché ou encore soit à combiner les trois. Ainsi quelques soient les outils, elle vise généralement trois principaux objectifs que sont :

  • Assurer la sécurité alimentaire dans le pays ;
  • Améliorer la situation financière des populations du milieu paysan
  • Accroître la capacité de production du secteur agricole soit pour développer le secteur industriel, soit pour promouvoir les exportations.

Elle est aussi un ensemble de mesures d’interventions publiques qui portent sur la production agricole nationale ou sur les importations et exportations de produits agricoles (Ribier, 2008).

Pour faire face au défi de la croissance économique, les dirigeants des pays ouest africains ont dû adopter des politiques de développement agricole. Ces politiques étaient soient spécifiques à chaque pays (politique nationale), soient communes à toutes les nations de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (politique régionale).

Quelles sont les politiques agricoles adoptées par les pays de l’Afrique de l’ouest et quels sont leurs impacts sur la croissance agricole de ces pays ? Pourquoi l’adoption d’une politique agricole régionale?

Au plan national, tous les pays de l’espace ouest africain ont eu des politiques agricoles similaires, même si l’on constate des différences à certains niveaux. Les différences sont plus marquées sur les politiques par filière agricole, puisque chacun de ces pays à ces cultures de prédilection, que ce soit dans le milieu des cultures vivrières ou des cultures industrielles. Par exemple en Côte d’ivoire et au Ghana, des pays où la culture de café et cacao est plus développée, l’on assistera à une implication accrue de l’état dans ce domaine. Ces  états financent la recherche, assistent les paysans en subventionnant l’acquisition des intrants (semences sélectionnées, engrais, herbicide…) pour permettre l’amélioration de la productivité des vergers de café et cacao. Par contre au Mali et au Burkina où le coton est la principale culture de rente et le sorgho, le mil, le maïs et le riz sont les principales cultures vivrières, l’état sera plus attentionné aux producteurs dans ces filières.

En Côte d’Ivoire, c’est le Plan Directeur du Développement Agricole (PDDA) qui est l’organe qui a donné les grandes orientations du secteur agricole. Ce plan correspond au volet agricole de la stratégie de relance économique de la Côte d’Ivoire et repose sur des initiatives nationales. Le PDDA est le programme central des politiques agricoles en Côte d’Ivoire. Il a été approuvé en conseil de ministres en juillet 1993, mais n’a pas été adopté par le parlement, ce qui en limite sa portée. Ce plan est cependant l’instrument de référence en matière d’agriculture, d’élevage, de pêche et de forêt. Il présente les grandes perspectives de la politique agricole du pays : autosuffisance et sécurité alimentaire ; diversification des productions agricoles ; développement des pêches maritimes, lagunaires et continentales ; réhabilitation du patrimoine forestier.

Plusieurs lois découlent de ce programme, notamment la loi sur les coopératives (1997), la loi portant domaine foncier rural (1998) et création d’un fonds de développement agricole (2001).

Pour ce qui concerne le Sénégal, l’impasse  du secteur agricole en 1984 a conduit à la tenue des états généraux de ce secteur, ce qui a permis la mise en place d’une Nouvelle Politique Agricole (NPA,  1986). La situation économique du pays s’étant encore dégradée, les politiques d’ajustement structurelles (PAS) sont mises en place dès 1992. On assistera par la suite à la mise en œuvre de la politique d’Ajustement du Secteur Agricole) PASA via la Lettre de politique du développement agricole (LPDA) en avril 1995. Le désengagement de l’état du secteur agricole initié par la NPA est accentué par la LPDA et va aboutir à la libéralisation du secteur agricole en 1997. Mais  malgré cette libéralisation, les résultats restent encore à désirer. De ce fait, après la crise alimentaire de 2008 le programme présidentiel GOANA (GRANDE Offensive Agricole pour la  Nourriture et l’Abondance) verra le jour et misera sur la subvention de la production céréalière et vivrière en mettant à la disposition des planteurs les intrants leur permettant d’être plus productifs. Aujourd’hui, la politique agricole du Sénégal est portée par les organisations paysannes et surtout le CNCR (Conseil national de concertation et de coopération des ruraux).

Quant au Mali, dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de développement agricole, les subventions sont accordées aux exploitants agricoles et à leurs organisations pour leur permettre d’accéder aux différents facteurs de production et aux services agricoles de base.

Des bonifications d’intérêt destinées à intensifier et à moderniser l’agriculture seront accordées aux exploitations agricoles, notamment pour financer l’acquisition d’équipements, la promotion du développement de filières ciblées ou de zone de productions particulières.

Au Burkina Faso, la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD, 2011-2015) a été adoptée et est fondée sur quatre grands axes. Il intègre un grand volet agricole avec notamment le développement de pôles de croissances économiques dont le projet pilote de Bagre, qui doit servir de modèle fonctionnel aux autres zones hydro-agricoles. La principale stratégie et politique du sous-secteur agricole est la Stratégie nationale de sécurité alimentaire (SNSA).

Au Nigéria, depuis la nouvelle politique agricole (New agricultural Policy on agriculture), document de référence en matière de politiques agricoles, le gouvernement accorde une ambitieuse place au secteur agricole dans les cadres d’orientations stratégiques. Aussi, le programme national de sécurité alimentaire (National Food Security Programme, NFSP) publié en août 2008 par le ministère fédéral de l’agriculture et des ressources en eau, a pour objectifs d’atteindre la sécurité alimentaire avec comme priorité le développement des cultures du manioc, du riz, du mil et du blé. L’état est aussi intervenu en subventionnant l’achat des intrants agricoles (engrais, semences améliorées, produits phytosanitaires) comme dans bien d’autres pays d’Afrique de l’ouest.

De façon générale les politiques nationales agricoles dans tous les pays de l’Afrique de l’ouest sont presque les mêmes. L’on assiste dès la première décennie après l’indépendance à une implication accrue de l’état, suivie d’un désistement qui aboutit à une ingérence très marquée du secteur privé. Puis constatant les résultats peu probants de la libéralisation, l’état reprend le secteur en main en adoptant des programmes de développement agricole plus efficaces.

Si au plan national chaque état a pu mettre en œuvre des mesures visant à améliorer la croissance agricole, c’est plus au niveau régional que les politiques agricoles ont véritablement booster cette croissance.

Après de longues périodes pendant lesquelles le secteur agricole a bénéficié d’une attention limitée, les pays d’Afrique de l’ouest et leurs partenaires de développement reconnaissent son importance décisive pour une croissance diversifiée, la sécurité alimentaire, la nutrition et la réduction de la pauvreté.

L’espace régional ouest-africain est considéré  par les pays et les acteurs comme l’espace pertinent pour construire une stratégie de développement du secteur agricole. Cette option repose sur plusieurs  constats :

Il existe de fortes complémentarités entre les bassins de production et les bassins de consommation, en lien avec la diversité des zones agro-écologiques fortement influencée par le gradient pluviométrique qui passe de 300 mm au nord de la région à près de 4000 mm par an au sud.

De multiples ressources naturelles sont partagée entre les pays : fleuves, réserve de biodiversité, eaux souterraines, etc. la bonne gestion de ces ressources impose une gestion commune et concertée. La bonne gestion des fleuves (aménagements des bassins versants, barrages, etc.) est déterminante pour l’approvisionnement en eau des populations et pour l’irrigation. Certaines réserves de biodiversité liées à l’existence de forêts transfrontalières et les ressources halieutiques ne peuvent être protégées que dans le cadre d’une gestion concertée. Toutes ces ressources nécessitent une vision commune de leur exploitation et de leur préservation au niveau des pays.

Dans un contexte de mondialisation des économies et des échanges, l’intégration régionale est considérée comme un des vecteurs essentiels pour positionner la région dans le concert mondial. L’Afrique de l’ouest est engagée dans la construction d’un espace de libre circulation des hommes et des marchandises. Elle se dote d’une politique de commerce extérieur unique, à travers le tarif extérieur commun (TEC).

Pour faire face à ces multiples défis de l’agriculture régionale, de nombreuses initiatives ont été prises au cours des dernières décennies. Ainsi vient la nécessité de définir un cadre global d’intégration et de mise en convergence des interventions des multiples organisations sous régionales. Ce cadre est indispensable pour permettre à l’agriculture ouest-africaine de répondre à la demande régionale et se repositionner sur les marchés internationaux. C’est au bout de toutes ces réflexions visant à mettre sur pied des institutions régionales pour booster la croissance agricole que sera adoptée en janvier 2005 la politique agricole de la CEDEAO nommée ECOWAP, après une étroite concertation avec ses états membres et les organisations professionnelles. Cette politique régionale constitue un point nodal pour la mise en œuvre du volet agricole du NEPAD, qui est Le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA). Ce programme est le cadre politique de l’Afrique en matière de transformation agricole, de création de richesses et de prospérité pour tous. Le PDDAA vise à améliorer la productivité de l’agriculture, en se concentrant particulièrement sur les petits fermiers et surtout sur les fermes exploitantes. Il vise aussi à intégrer les fermiers dans l’économie de marché et améliorer l’accès aux marchés pour devenir exportateurs nets de produits agricoles.

En 2007-2008, alors que les pays et les institutions régionales étaient mobilisées dans la conception des programmes nationaux d’investissements agricoles (PNIA) dans chacun des 15 pays et au niveau régional, la hausse spectaculaire des prix des denrées alimentaires et des intrants agricoles a frappé durement la région. Suite à cette flambée des prix les états ont réagi différemment. La plupart ont adopté un ensemble de mesures d’urgence visant à réduire le coût de l’alimentation et à préserver le pouvoir d’achat des populations (suspension des droits de douane ; réduction ou suspension de la T.V.A sur certains produits de première nécessité ; fixation et contrôle des prix ; subventions à la consommation du carburant et du riz ; opérations ciblées sur les populations vulnérables ; etc.). Les pays dans leur majorité ont aussi adopté des mesures centrées sur la prochaine campagne agropastorale 2008-2009 (programme d’urgence d’augmentation de la production du riz, programme  maïs de contre-saison, etc.). Outre ces deux grandes catégories de mesures, certains gouvernements ont décrété l’interdiction des exportations vers les pays voisins, attitude qui montre que face aux incertitudes des marchés, l’espace régional n’est pas encore considéré comme un facteur de sécurité et de stabilité.

Cet aspect montre que l’intégration régionale des marchés des produits alimentaires doit être abordée sur le plan de la sécurité collective et non pas sur le seul terrain de la libre circulation des marchandises. Il convient de déterminer comment l’espace régional peut devenir un vecteur de stabilisation des marchés et de sécurité des approvisionnements, car la crise alimentaire de 2008 a mis en lumière la nécessité d’apporter des réponses structurelles aux questions posées par la hausse des prix : relance durable de la production, amélioration du fonctionnement des marchés, réduction de la vulnérabilité des populations pauvres. Sur ces nouveaux défis, les nations et les acteurs devront définir des instruments plus robustes capables de solutionner les crises.

Pour relever les défis en matière de productivité et atteindre une croissance généralisée durable, l’Afrique de l’ouest a besoin d’investissements. Etant donné que l’agriculture est une activité du secteur privé, le gros de ces investissements doit provenir des acteurs privés situés aux divers segments de la chaîne agro-alimentaire : agriculteurs, fournisseurs d’intrants, agro-industrie, transports et prestataires de services de soutien. Néanmoins, la capacité et la motivation du secteur privé à investir dans l’amélioration de la productivité dépend en grande partie de l’existence d’un climat d’investissement favorable. Mettre sur pied ces mesures incitatives est l’une des principales fonctions des politiques publiques. Les pouvoirs publics ont donc un rôle essentiel à jouer dans la création d’un environnement favorable, en consultation avec des acteurs non étatiques.

 

HERMANN KOUADIO/UP AFRICA TV- ABIDJAN
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