Cameroun Affaire Lydienne Solange Taba-Le président de la république saisi par la famille de la victime.

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C'est par le biais d'une lettre ouverte rendue publique fin septembre 2020 que les parents de l’étudiante tuée par balle à Kribi deux mois auparavant de la main de son copain sous-préfet, demandent au chef de l’État camerounais d'intervenir pour lever les freins à la manifestation de la vérité.

 

« Péril sur le procès du Sous-préfet meurtrier. ». Ce n'est pas le titre d'une fiction hollywoodienne mais plutôt l'intitulé du courrier adressé au président Paul Biya en date du 28 septembre 2020 par la famille de feue Lydienne Solange Taba. La demoiselle de 23 ans brutalement arrachée à la vie le 25 juillet 2020 dans la cité balnéaire du Sud Cameroun et dont les parents éplorés se sont vus dans l'obligation de saisir par lettre ouverte celui qui préside aux destinées de leur pays. Une saisine dont le but premier est de faire cas au numéro un camerounais « des attitudes curieuses qui ont court dans le déroulement de l’enquête en rapport avec la mort par arme à feu de leur fille. ». En effet, le couple Ebemby Mboma a choisi d'insister sur cinq curiosités qui lui « donnent sérieusement de croire que tout est mis en route pour que justice ne soit jamais rendue à leur unique enfant. ». Une liste non exhaustive de faits est ouverte avec la reconstitution des faits qui non seulement «  a été faite en empêchant aux membres de la famille de la défunte de poser des questions et surtout sans qu'il ne soit permis aux journalistes d'y accéder. ». Pis encore, le rapport de ladite reconstitution « n'a jamais été mis à la disposition de la famille ni n'a été porté à la connaissance des avocats du collectif Fousse qui se sont bénévolement constitués pour elle ». Ensuite les rédacteurs de la missive disent ne pas comprendre pourquoi «  Le gardien du voisin de la résidence du Sous-préfet qui avait entendu la détonation de l'arme à feu est jusqu'à la date de ce jour,porté disparu. ». Incompréhension qui cède la place à l’étonnement quand la question du matelas qui a recueilli tout le sang de la victime est abordée. Un Objet qui curieusement « n'a pas été mis sous scellés alors que cela aurait été l'élément principal à sauvegarder. » suivant le contenu de ladite lettre. L’étonnement est encore plus grand quant au régime juridique de sieur Frank Derlin Eyono Ebanga, l'auteur du coup de feu fatal. Effectivement, les proches de sa copine à qui il a ôté la vie accidentellement selon sa version, exposent que « deux mois après son horrible acte, aucune trace de l'ancien Sous-Préfet de Lokoundjé n'est retrouvée à la maison d’arrêt. ». Exposé conclu par l’évidence selon laquelle « Il n'est donc pas en détention provisoire et pourtant il est clair que deux mois plus tard depuis la survenue du drame, il ne peut plus être en garde à vue. ». Le chapelet de curiosités est bouclé par les faits troublants que les avocats de la famille ont vécu par deux fois à la légion de gendarmerie du Sud. La première fois, partis de Douala, capitale économique du Cameroun pour Ebolowa,chef lieu de la Région du Sud (environ 400 km de distance), en vue de participer à la manifestation de la vérité, « ceux-ci ont été détourné par les enquêteurs de la gendarmerie qui au lieu de procéder aux auditions, ont prétexté que le dossier avait déjà été retourné au commissaire du gouvernement alors qu'il n'en était rien. ». La seconde tentative faite après avoir obtenu un rendez-vous ferme pour le 25 septembre 2020 sera également infructueuse. Cette fois, « Les enquêteurs ont réussi l'exploit d'indiquer aux conseils qu'ils étaient plutôt attendus la veille le 24 septembre 2020 et que l’enquête avait déjà été bouclée et le dossier retransmis au commissaire du gouvernement. ». Des mésaventures qui sont loin de décourager les parents de Lydienne Solange Taba et leurs avocats décidés à se battre pour que justice soit faite dans cette affaire qui chaque jour enregistre de nouveaux soutiens à travers le monde.

Justice pour Lydienne.

Le soutien du Président de la République du Cameroun, garant de la justice est demandé et vivement attendu afin que tout se passe en conformité des lois de ce pays d'Afrique centrale. L'intervention de celui qui y exerce la magistrature suprême est attendue premièrement  suivant les demandeurs pour que soit clarifiée la situation du jeune administrateur civil qui a arraché leur fille à la vie. Deuxièmement pour que le témoin qui a curieusement disparu soit retrouvé. Troisièmement que la reconstitution des faits puisse se faire à nouveau en présence de leurs conseils qui pourront poser des questions. Quatrièmement que la famille soit entendue sur la plainte déposée par ses conseils à toutes les étapes procédurales. Cinquièmement que soient mises sous scellés le matelas et la douille de l'arme ayant ôté la vie à leur enfant. Enfin que cessent les intimidations et menaces proférées depuis un moment sur leurs avocats. En attendant la réponse du président Biya, une chaîne de solidarité à l’échelle internationale à travers le hashtag justice pour lydienne particulièrement couru sur la toile,  s'allonge au quotidien autour de Nicaise et Patrice Ebemby Mboma, les parents encore inconsolables de Lydienne Solange Taba. La famille maternelle de la jeune étudiante rendue à la terre de ses ancêtres le 29 août 2020 au village Lobethal par Mouanko dans la Région du Littoral, a trouvé pour sa part une maigre consolation. Elle, qui avait déjà profité des  obsèques de leur descendante pour lancer un premier appel en direction du chef de l’État du Cameroun. Appel strident que dame Anne Marie Ekoe, la tante maternelle de la défunte avait laissé échapper de sa voix entrecoupée par la consternation de constater que « Plus d'un mois après le décès tragique de Lydienne Taba, fille de Lokoundjé de par sa mère, son meurtrier restait officiellement Sous-Prefet de l'arrondissement éponyme. ». Un cri de détresse qui n'est pas tombé dans les oreilles de sourds si l'on s'en tient au décret présidentiel numéro 2020/549 du 09 septembre 2020 qui nomme comme Sous-Préfet de Lokoundjé Monsieur Christian Séraphin Manga Ombolo en remplacement de monsieur Frank Derlin Eyono Ebanga appelé à d'autres fonctions. La prise de commandement du nouveau chef de terre survenue le 02 octobre 2020 à la place des fêtes de Fifinda dans le département de l'Océan, région du Sud Cameroun n'a pas fait courir les populations locales comme celle de son prédécesseur intervenue le 10 juillet de la même année. Une preuve selon certains observateurs avertis que des signaux plus forts sont encore attendus du sommet de l’État notamment dans cette partie du Cameroun où l'affaire Lydienne Solange Taba reste ancrée dans la mémoire collective plus qu'ailleurs.

DAMIEN TONYE /UP AFRICA TV -KRIBI